Souvent perçu comme un provocateur, amateur de viscères ou de perversions sexuelles (Crash avait suscité le scandale à Cannes), David Cronenberg a tissé sa toile en faisant de son obsession pour le corps et ses mutations le motif majeur de sa filmographie. Pourtant, face à ceux qui le qualifient de maître du body horror, le cinéaste originaire de Toronto répond beauté intérieure, ce qui nous renvoie à son chef-d’œuvre Faux-semblants (1988) dans lequel des jumeaux gynécologues (Jeremy Irons) fantasmaient un concours de beauté dédié aux organes internes.
Si dans sa forme, le film tombe dans le recyclage de l'iconographie cronenbergienne, le fond du propos est plus convaincant. Le corps humain est-il frappé d'obsolescence ? Faut-il l'adapter à un environnement devenu hostile ? Le body art extrême et la chirurgie sont-ils une nouvelle forme de sexualité ? Autant d'interrogations troublantes anticipant l'avenir d'une humanité parvenue à ne plus ressentir la douleur physique... ni le plaisir.
Les protagonistes espèrent rallumer la flamme de leur désir à travers des pratiques masochistes, tout comme les personnages de Crash (prix spécial du jury à Cannes, 1996). Ce que nous dit le cinéaste, bis repetita, c'est que la chair est triste. Dans le processus méthodique de mutation des corps, les émotions s'évaporent. Provocateur, Cronenberg ? Provocateur de réflexion, oui. Dissipons le grand malentendu : le cinéaste se fait ici l'observateur (ou le pourfendeur ?) d'une idéologie posthumaniste qui séduit et contamine peu à peu une humanité traversée par une profonde mélancolie. Un film crépusculaire porté par une réflexion troublante mais lesté par un scénario confus.

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